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Il n’y aura pas de quatrième génération de libraires, rue Victor-Hugo. Marie-France Vermeylen-Parmentier tourne la dernière page de la saga familiale.

Aussi loin qu'elle se souvienne, Marie-France Vermeylen-Parmentier a toujours vécu au milieu des livres. Et pour cause, elle est la digne représentante de la troisième génération de libraires de la rue Victor-Hugo. A la mi-août, la Librairie de la Presse – que tous les Castelroussins appellent la librairie Parmentier – va définitivement fermer ses portes, laissant ses fidèles clients orphelins. « Quelques-uns ont connu mes grands-parents puis mes parents », dit-elle avec un pincement au cœur. Car ce n'est pas sans nostalgie, ni une pointe de crainte, qu'elle va abandonner sa petite boutique, où il faut régulièrement ruser pour renouveler les livres sur les rayonnages, et ses vieux escaliers de bois qu'elle connaît par cœur et où, sur chaque marche, s'empilent des ouvrages.

 " Des années de bonheur "

« Je ne sais combien de fois je les monte par jour pour aller puiser dans la réserve du premier étage. » Elle ne compte pas, non plus, les années qu'elle a passées dans cette librairie, car elles ne lui ont pas pesé : « Ce furent des années de bonheur. J'adore mes clients ; d'ailleurs, certains sont devenus des amis. Ils m'ont beaucoup soutenue quand j'ai perdu mon fils dans un accident. J'aurai de la peine de ne plus les voir ». Quelques-uns ont déjà pris son numéro de téléphone personnel pour continuer à profiter de ses conseils toujours très avisés de lecture ou lui ont fixé rendez-vous sur le marché du samedi. 
« J'adore mon métier et bien évidemment, j'adore lire. Ceux qui ne lisent pas, passent à côté de quelque chose d'important. » Et pourtant, Marie-France Parmentier a 75 ans. Un âge plus que raisonnable pour prendre sa retraite même si ces clients lui en font le reproche. Le même âge que sa maman, France-Victoire, quand elle lui a cédé la librairie, en 1989. A son côté, la jeune fille qui fut d'abord à 22 ans, professeur de français auprès des officiers américains à La Martinerie, apprend le métier de libraire :« Nous avions des relations intenses autour du livre. A l'époque, les rentrées scolaires constituaient un temps aussi fort pour le commerce que Noël ». Tel un diaporama, auteurs en vogue et écrivains régionaux défilent dans la vitrine de Marie-France tandis qu'à l'étage du 28, rue Victor-Hugo, s'entassent les ouvrages. « En déménageant la réserve, j'ai retrouvé de beaux livres des années 1930, des livres d'enfants du temps où mon grand-père tenait la librairie. Dans ces années-là, il sortait moins de livres et on lisait beaucoup plus. Une de mes clientes qui dévore les livres aujourd'hui, m'a raconté lire en cachette quand elle était jeune. " As-tu rien de mieux à faire que de lire ? ", lui reprochaient ses parents… C'est bien moins vrai aujourd'hui. » 
On devinera aisément ce que Marie-France Parmentier fera à la retraite : marcher, voyager et, surtout, lire. Encore et encore.

repères

Dans les archives, on retrouve trace d'une librairie au 28, rue Victor-Hugo, tenue par M. Fassion-Lacoste. Elle sera cédée, en 1925, à Georges Bonnet, marchand de papeterie. C'est probablement à ce dernier qu'Henri Parmentier achètera son commerce, en 1931. 
Lorrain d'origine, le libraire né en 1888, avait connu les horreurs de la Première Guerre mondiale. Pressentant un nouveau conflit, il voulut mettre sa famille à l'abri. C'est ainsi qu'il s'installa à Châteauroux, venant d'Abbeville, avec Eugénie, son épouse, et leur fille, France-Victoire.
Il acquiert dans le même temps, le dépôt de presse de la rue Lemoine-Lenoir. « Mon grand-père se levait très tôt pour aller porter les journaux chez les dépositaires de l'agglomération. » 
Il décédera en 1956 et sa femme, trois ans plus tard. Le poids de la librairie incombe alors à leur fille, France-Victoire, née en 1914 et ainsi prénommée par patriotisme. Seule puis avec sa fille, en 1965, elle tiendra la librairie jusqu'en 1989, année où Marie-France reprendra à son tour le flambeau.
2014 met un terme à la saga de la famille Parmentier qui aura duré quatre-vingt-trois ans.

Catherine Pelletier