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NR : Commerces : y-a-t-il péril en centre ville ?

Alors que Cap Sud continue de s’étendre, de plus en plus de commerces dans le centre-ville ferment boutique tandis que d’autres sont sur la corde raide.

centre-ville de Châteauroux. Une situation qui s'est dégradée ces derniers mois, notamment cour Saint-Luc et rue de la Gare dans sa partie la plus basse. Pas très encourageant pour les touristes qui débarquent à la gare et pas très incitatifs pour les Castelroussins non plus.

Certes, le problème ne date pas d'hier et les raisons de cette désaffection sont multiples. Mais elle s'est accentuée ces deux dernières années avec la crise. Pour Olivier Andriot, de la Fédération des acteurs économiques, 2008 est un repère indiscutable de la chute de l'activité : « Si Châteauroux se devait de posséder une zone commerciale digne de ce nom, Cap Sud a grandi beaucoup trop vite au détriment du centre-ville. Le camembert s'est divisé alors même que la population diminue et que la consommation est en berne ». En centre-ville, où des commerces sont à vendre, pour certains depuis plusieurs années, on note une baisse de la fréquentation et des achats ; plus inquiétant, on fait le même constat à Cap Sud, où déjà des commerçants se mordent les doigts d'avoir succombé à la tentation du grand large. « Les premières et seules victimes de Cap Sud seront à Cap Sud », écrivait récemment le maire, Jean-François Mayet, annonçant sa volonté de durcir sa position à l'égard de commerces dont la place naturelle est en centre-ville. N'est-il pas trop tard ? L'enseigne nationale qui devait jouer le rôle de locomotive n'est toujours pas là et les travaux de la rue de l'Écho sont toujours au point mort. Deux enseignes, Babou et Eurodif qui attiraient du monde en ville, sont parties à Cap Sud.
La rue Grande avec ses commerces de bouche s'est donné une identité ; la rue Victor-Hugo est devenue, au fil du temps, la rue des franchisés. « Pourtant, c'est bien le commerce indépendant dans sa qualité et sa diversité qui maintient le centre-ville. Mais il manque un vrai circuit commercial piéton de la place Voltaire à la rue Grande. »
Et des incitations à y venir : parkings gratuits le mercredi après-midi et le samedi, plan de circulation et des animations ailleurs que place de la République.

 

Sauver le centre-ville

Un centre-ville qui souffre, un GranDéols qui peine, une zone Carrefour en difficulté, un Forum qui en veut plus et un Cap Sud qui poursuit son extension à tout va. Où est la stratégie commerciale dans tout ça ? Cap Sud a fait ses premiè- res victimes en centre-ville et ceux qui restent ne sont pas tous en bonne santé, touchés par la crise certes mais pas seulement. Les zones commerciales ont explosé mais le gâteau à se partager reste le même. En laissant faire pendant des années au nom du libéralisme, on a aggravé une situation qui sera difficile à remonter. Pourtant, c'est en montrant une ville dynamique dont le cœur bat qu'on attire les investisseurs et de nouveaux habitants. Et pas l'inverse.

la question

" Êtes-vous d'accord avec les commerçants qui disent que les loyers sont trop élevés à Châteauroux ? "

« C'est vrai, les loyers sont beaucoup trop chers, estime Michel Krilewyez, président de la Fédération des acteurs économiques, lui-même commerçant.Quand je suis le bailleur, j'essaie de modérer la hausse. L'an dernier, l'indice a augmenté de plus de 5 %, c'est trop par rapport à l'inflation », estime-t-il. Son constat : « Ce sont surtout les petites affaires qui sont liquidées, les belles affaires résistent encore, mais pour combien de temps. Au fil des ans, notre chiffre d'affaires diminue et il faut pourtant gérer les frais fixes, dont le loyer ». Membre du bureau de la chambre de commerce, Michel Krilewyez annonce : « La CCi réfléchit sur des modalités d'accompagnement à l'installation. Nous y porterons une attention particulière et les projets intéressants seront accompagnés et on envisage de se porter caution sur une période donnée ».

Catherine Pelletier

 

" Il y a des loyers parfois prohibitifs "

 

 « Depuis le premier trimestre 2012, on constate un taux de vacance de locaux commerciaux de plus en plus élevé. » Ludovic Dagois, cogérant de l'agence Adress'Immo, pointe un mal plus profond : « Les éventuels candidats à l'installation ont peur de se lancer dans ce contexte économique mais il y a surtout une vraie crise de confiance. Tout le monde n'est pas touché mais tout le monde est paniqué ». Ludovic Dagois exprime un sentiment partagé par beaucoup : « Les bailleurs sont en concurrence et le marché nous a aidés à faire faire des travaux de rénovation ou de modernisation dans les maisons et appartements mais c'est beaucoup plus compliqué pour un local commercial, explique ce professionnel de l'immobilier. Comment faire entendre à un bailleur qu'il doit baisser son loyer pour permettre à un commerce de mieux vivre, donc de rester plus longtemps. Il faut admettre qu'il y a des loyers vraiment prohibitifs à Châteauroux ».
L'emplacement numéro 1 regroupe la rue Victor-Hugo et le haut de la rue de la Gare. « Le reste, c'est du 1 bis avec un taux de vacance plus élevé comme la rue Bertrand et les autres secteurs sont parfois boudés », constate Ludovic Dagois.

Le cours Saint-Luc sinistré

Le gérant est formel : « Au cours Saint-Luc, nous n'y arrivons plus, c'est sinistré alors que nous avions misé sur la réouverture du supermarché. Pourtant, il y a des loyers modérés comme ces 130 m2 à 890 € par mois sur ce site. Je trouve que Châteauroux est trop rural pour faire du piéton comme à La Rochelle, Tours ou d'autres villes ».
Les professionnels n'ont pas de solution miracle. La répercussion systématique de l'indice à la construction – deux fois plus élevée que l'inflation – « conduit parfois à des aberrations ». Ludovic Dagois en convient : « Nous ne sommes que gestionnaires et intermédiaires. Nous essayons de raisonner les propriétaires sur cette réalité mais je comprends aussi qu'ils veuillent gagner de l'argent ».

J. C.

 

 

" Délibérément abandonnés "

 

 

Les quelques commerçants qui exercent encore cours Saint-Luc sont inquiets pour leur avenir. Et ont le sentiment d’être abandonnés de la municipalité, plus soucieuse de l’hypercentre.

totem indiquant nos commerces à l'entrée, on l'attend toujours. Mais ce n'est qu'un détail pour cette commerçante. Le plus grave se situe devant son magasin : six commerces à louer ou à vendre sur le côté gauche de cette belle esplanade piétonne.

" Ici on n'aime pas les commerçants "

« C'est une désolation. On nous a délibérément abandonnés. Comment voulez-vous que les gens aient envie de venir acheter ici ? Et ceux qui veulent s'installer sont découragés d'avance. Le maire veut une grande enseigne nationale, rue Victor-Hugo, comme toujours ! Pourquoi ne pas la mettre à l'emplacement de l'ancienne cafétéria Casino ? Ce serait une véritable bouffée d'oxygène qui attirerait du monde ici et forcément des commerces. » Comme d'autres, Astrid Robin se demande pourquoi la municipalité se lance dans des projets coûteux avant de combler les vides existants.
« Cette ville a pourtant du potentiel et le cours Saint-Luc est un lieu superbe, constatent Jacqueline et Sylvain Marie, tapissiers designers, qui y étaient installés il y a encore quelques mois. Mais on a l'impression qu'ici, on n'aime pas les commerçants et qu'il n'y a que la rue Victor-Hugo qui compte. » Et d'évoquer leurs difficultés pour trouver un lieu plus vaste afin d'étendre leur activité : « On nous a fort mal conseillés dans notre recherche de nouveaux locaux et les bailleurs proposent des loyers bien trop élevés pour une ville comme Châteauroux. Finalement, nous avons trouvé une surface, place Gambetta, et notre atelier va demeurer à Levroux, où le maire se met en quatre pour nous aider à nous agrandir ».
A l'autre bout du cours Saint-Luc, perdue dans un renfoncement, Nadine Chevreau, du Comptoir de Marco Polo, n'en peut plus : « Entre des vitrines immondes de magasins fermés, les fientes de pigeons sur les bancs, les SDF, le cours est devenu un vrai coupe-gorge. On ne le nettoie même plus. La Ville et l'Ophac se renvoient la balle dès qu'on leur demande d'intervenir. Nous, on se bat pour tenir, on paie des charges et mon bailleur ne s'est pas gêné pour augmenter mon loyer de 200 € par mois, en pleine crise. »
Pourtant, tous ces commerçants ont des idées pour redynamiser ce secteur du centre-ville : « Le marché provençal aurait parfaitement sa place entre ceux de Voltaire et de la République, car il existe déjà un flux permanent entre les deux places, le samedi ». Un vrai marché de Noël serait aussi le bienvenu. « On peut aussi imaginer des animations à thème : un marché aux fleurs, le samedi ; de producteurs, en milieu de semaine ; un troc, le dimanche matin… », émet Sylvain Marie, pour créer un circuit commercial et donner une nouvelle identité au cours Saint-Luc. « C'est dans la diversité et la spécificité des commerces indépendants que se trouve l'avenir des commerces du centre-ville. Mais on ne nous entend pas. »

la phrase

" On fait du coup par coup mais sans vision d'ensemble. "

« Leur logique m'échappe, déclare Jean Petitprêtre, maire du Poinçonnet. La Cac vote pour une extension de 6.000 m2 à Cap Sud. Par contre, le Scot, la Cac et la Ville se positionnent comme un seul homme contre l'extension des galeries marchandes d'Auchan au Forum et de E. Leclerc à Cap Sud. Vraiment, je ne comprends pas. Mon sentiment, c'est que M. Mayet prend des positions de plus en plus incohérentes et contradictoires. On fait du coup par coup. La Ville rénove la place Monestier. C'est bien. La Cac investit dans la rue de l'Écho. C'est bien aussi. Mais quelle est la vision d'ensemble ? On ne réfléchit pas sur les zones de liaison, sur les zones pié- tonnes, sur les flux de circu- lation. Pourquoi ne pas lancer une vaste consultation avec les élus, mais aussi les commer-
çants, les habitants et les jeunes ? Qu'attendent les étudiants d'un centre-ville ? Faute d'une stratégie élaborée, avec un projet pas seulement castelroussin mais communau-
taire, j'ai bien peur que le centre-ville poursuive son déclin. A mon avis, on ne se donne pas les moyens de le revitaliser. »

Catherine Pelletier

 

 

" Faire venir une ou deux locomotives "

 

 
Pour Jean-François Mayet, la redynamisation commerciale du centre-ville de Châteauroux passe par l'arrivée d'une enseigne de niveau national. Le sénateur et maire affirme avoir des touches sérieuses.

Cap-Sud a-t-il cannibalisé le centre-ville de Châteauroux ?

« Je persiste à affirmer, comme je l'ai déjà fait dans vos colonnes, qu'avec Cap-Sud, nous avons été trop vite et trop loin. Mais il ne faut pas non plus oublier que ce centre commercial représente plusieurs centaines d'emplois créés. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. »

Jean Petitprêtre se plaignait dernièrement du sort réservé au Forum du Poinçonnet. Qu'en pensez-vous ?

« Le Forum, ce n'est pas si mal que cela. Et GranDéols aura son expansion. Il était absolument nécessaire d'équiper la zone Nord et de ne pas laisser le Forum se désagréger. A mon sens, la mission a été remplie. Maintenant, si nous voulons poursuivre le développement du Forum et de GranDéols, il faudra avoir la capacité de trouver des emplois industriels. C'est impératif. »

Comment redynamiser le centre-ville ?

« Le centre-ville a perdu de sa puissance. Il n'est plus en adéquation avec l'offre extérieure. Il faut donc le renforcer. Le moyen que nous privilégions, classique, c'est de faire venir une ou deux locomotives qui entraîneront automatiquement dans leur sillage, une dizaine de franchisés. C'est la raison pour laquelle j'ai pris une position de blocage quand les responsables de l'enseigne Auchan ont voulu tripler l'étendue de leur galerie marchande. Évidemment, lorsque E. Leclerc a demandé de construire des mètres carrés supplémentaires, nous avons adopté la même position. Croyez-moi, notre ligne de conduite est claire et nous ne faisons pas dans le bricolage. Quand la rue de l'Écho sera terminée, il faudra absolument que les magasins soient pleins. Et je le répète, cela passe par l'arrivée d'une grosse boutique. »

Quand vous circulez dans les rues de Châteauroux, quel est votre sentiment ?

« Je vois une ville qui ressemble à toutes les villes de 50.000 habitants. Avec de plus en plus de banques, d'assureurs et de coiffeurs. Ici comme ailleurs, on assiste à une perte de vitesse des centres-villes au profit des mauls extérieurs. C'est le cas ici, mais aussi à Blois ou à Bourges. »

Comment voyez-vous l'avenir ?

« Il y a un flux qui va devenir naturel et constant : le retour de la population âgée dans le centre-ville. Cela va arranger les statistiques. Mais cela ne remplira pas les écoles. Il faut donc trouver des emplois. C'est pour cela que je me bats comme un chien pour faire venir les entreprises étrangères… »

Propos recueillis par Bruno Mascle